Mesdames et messieurs, tenez-vous bien : le CRTC vient de faire une annonce révolutionnaire. Après seulement trois décennies de réflexion intense, nos régulateurs ont eu une épiphanie : peut-être, peut-être, que facturer des frais pour activer, modifier ou annuler un forfait cellulaire, c'est du vol légalisé.

L'annonce d'aujourd'hui, rapportée par CBC, stipule que les télécoms ne pourront plus charger ces fameux frais qui transforment chaque interaction avec votre fournisseur en partie de poker où vous êtes sûr de perdre. Bravo ! Standing ovation ! Le Canada vient officiellement de rattraper... 2008.

L'art canadien du retard stratégique

Pendant que nos voisins du sud se battaient déjà contre ces pratiques prédatrices il y a une décennie, pendant que la France les interdisait carrément en 2008 avec sa loi Chatel, et pendant que même la Chine — oui, la Chine ! — offre plus de flexibilité à ses consommateurs télécoms, le Canada perfectionnait l'art de regarder ailleurs.

Nos trois mousquetaires — Bell, Rogers et Telus — ont eu tout le loisir de perfectionner leur système de taxation créative. Vous voulez changer de forfait ? 25$. Vous voulez l'annuler ? 50$. Vous voulez l'activer ? 35$. Vous respirez en regardant votre facture ? Ça, c'est gratuit, mais donnez-leur le temps.

Le plus beau dans tout ça ? Ces frais ne correspondent à aucun coût réel. Modifier un forfait, c'est littéralement changer quelques paramètres dans une base de données. Ça prend 30 secondes à un algorithme. Mais facturer 25$ pour 30 secondes de travail automatisé, ça donne un taux horaire de 3000$. Pas mal pour du code informatique !

La France fait ça depuis 18 ans

Pendant que le CRTC réfléchissait, la France a non seulement interdit ces frais, mais a créé un écosystème où changer d'opérateur prend 24 heures maximum, sans frais, sans paperasse, sans négociation. Résultat ? Les prix français sont parmi les plus bas d'Europe, et la qualité de service parmi les meilleures.

Aux États-Unis, malgré leur réputation de capitalisme sauvage, la FCC a commencé à sévir contre ces pratiques dès 2015. Même les Américains — qui facturent l'aspirine à l'hôpital — ont compris que voler ses clients sur les frais administratifs, c'était contre-productif.

Et la Chine ? Leurs opérateurs d'État offrent plus de flexibilité que nos "champions nationaux" privés. L'ironie est savoureuse.

Le miracle de l'inaction régulatrice

Comment expliquer ce retard monumental ? Simple : le CRTC a passé 30 ans à "consulter". Consulter les télécoms (qui disaient que c'était impossible), consulter les consommateurs (qui hurlaient), consulter les experts (qui expliquaient l'évidence), puis re-consulter pour être sûr.

Pendant ce temps, Rogers engrangeait des milliards en frais bidons. Bell perfectionnait l'art de facturer l'air que vous respirez dans ses boutiques. Telus innovait en créant des frais pour des services qui n'existent pas.

Le CRTC, lui, rédigeait des rapports. Des centaines de pages pour expliquer pourquoi il fallait étudier la question. Puis des études sur les études. Puis des consultations sur les études des études.

L'excuse du "c'est compliqué"

Bien sûr, nos télécoms vont pleurer. "C'est compliqué !" "Ça va augmenter les prix !" "On va tous mourir !"

Sauf que non. La France l'a fait sans apocalypse. L'Allemagne aussi. Même le Royaume-Uni, pourtant champion de la déréglementation, protège mieux ses consommateurs télécoms que nous.

La vérité ? Ces frais représentent du profit pur. Zéro coût, 100% marge. Les supprimer ne changera rien aux opérations, mais forcera enfin nos télécoms à se battre sur la qualité et les prix plutôt que sur l'art de piéger leurs clients.

Mieux vaut tard que jamais ?

Crédit où crédit est dû : le CRTC fait enfin son travail. Après des années de critiques, de rapports accablants et de pression publique, nos régulateurs ont fini par comprendre que réguler, ça veut dire... réguler.

Mais célébrer cette annonce, c'est comme féliciter quelqu'un d'avoir découvert que l'eau mouille. C'est bien, mais bordel, il était temps !

Cette décision va-t-elle révolutionner le marché canadien des télécoms ? Probablement pas. Nos trois géants vont simplement trouver d'autres moyens créatifs de nous soutirer de l'argent. Mais au moins, ils devront faire preuve d'imagination.

Et qui sait ? Dans 30 ans, le CRTC découvrira peut-être que facturer 150$ par mois pour un forfait qui coûte 20€ en France, c'est aussi problématique.

VERDICT : 6/10 pour la décision (enfin !), 2/10 pour le timing (seulement 18 ans de retard sur la France), 0/10 pour l'excuse "c'est compliqué" quand le reste du monde l'a fait sans problème.