Aujourd'hui, pendant que Markwayne Mullin se prépare à son audition de confirmation au Sénat, une question me taraude : à quel moment exactement les États-Unis ont-ils décidé que diriger la sécurité nationale, c'était comme animer une émission de télé-réalité ?
Parce que franchement, regardons les faits. Trump vire Kristi Noem du DHS — déjà un choix discutable à la base — et la remplace par un sénateur de l'Oklahoma dont la principale qualification semble être... d'être un sénateur de l'Oklahoma qui dit "oui chef" au bon moment.
Le syndrome du casting permanent
Mullin n'est pas un mauvais bougre, selon les standards du Sénat américain. Mais diriger le DHS, ce n'est pas voter sur des résolutions. C'est gérer 240 000 employés, un budget de 60 milliards de dollars, et coordonner tout ce qui touche à la sécurité intérieure — des cyberattaques aux catastrophes naturelles en passant par l'immigration.
Comparons un instant avec nos voisins. Au Canada, le ministre de la Sécurité publique Marco Mendicino avait au moins une formation juridique et une expérience en sécurité avant sa nomination. En France, Gérald Darmanin était passé par Bercy et connaissait les rouages administratifs. Même en Chine, où la méritocratie technocratique prime, les responsables de la sécurité gravissent les échelons pendant des décennies.
Mais aux États-Unis version Trump 2.0 ? On prend un sénateur, on lui colle une étiquette "loyal", et hop, voilà votre nouveau patron de la sécurité nationale.
L'art de la nomination par élimination
Ce qui me fascine dans cette nomination, c'est qu'elle révèle la méthode Trump dans toute sa splendeur. Comme le rapporte le New York Times, Noem a été "évincée" — euphémisme charmant pour "virée sans ménagement". Pourquoi ? Mystère. Incompétence ? Désaccord politique ? Ou simplement parce que Trump avait envie de changer de jouet ?
Peu importe. L'important, c'est que Mullin coche toutes les bonnes cases : républicain de l'Oklahoma (État rouge garanti), sénateur depuis assez longtemps pour connaître le système, et surtout — surtout — suffisamment malléable pour ne jamais contrarier le boss.
C'est exactement l'inverse de ce qu'il faudrait pour le DHS. Ce département a besoin d'un technocrate, pas d'un politique. D'un gestionnaire, pas d'un courtisan. D'un expert en sécurité, pas d'un expert en réélection.
Le DHS, ce n'est pas un hochet
Rappelons ce que gère concrètement le Département de la Sécurité intérieure : la TSA (ces gens qui fouillent vos bagages), les services d'immigration, la cybersécurité fédérale, la gestion des catastrophes naturelles, et j'en passe. Quand une cyberattaque paralyse un pipeline ou qu'un ouragan dévaste la Floride, c'est le secrétaire du DHS qui coordonne la réponse.
Mullin a-t-il déjà géré une crise de cette ampleur ? A-t-il une expertise en cybersécurité ? En gestion des catastrophes ? En immigration ? Selon la BBC, son expérience se limite essentiellement à ses mandats électifs et à... une carrière d'entrepreneur en plomberie. Rien contre les plombiers — Dieu sait qu'on en a besoin — mais réparer des tuyaux et sécuriser un pays, ce n'est pas exactement le même métier.
La confirmation, cette mascarade démocratique
Le plus beau dans tout ça ? L'audition de confirmation qui se déroule aujourd'hui même devant le Comité sénatorial de la Sécurité intérieure. On va assister au ballet habituel : questions préparées, réponses évasives, promesses creuses de "travailler avec le Congrès".
Les sénateurs démocrates vont poser des questions techniques pointues. Mullin va répondre qu'il "s'entorera des meilleurs experts" et qu'il "prendra le temps d'étudier les dossiers". Les républicains vont faire semblant d'être impressionnés par sa "vaste expérience" et son "engagement patriotique".
Et au final ? Il sera confirmé, parce que les républicains ont la majorité et que la loyauté trumpiste prime sur tout le reste.
L'exception américaine, encore et toujours
Ce qui me sidère, c'est que cette nomination ne choque personne outre-Atlantique. Comme si c'était normal qu'un président traite les postes clés de son administration comme des récompenses à distribuer à ses amis.
En France, imaginez Macron nommer un député de la majorité à l'Intérieur sans aucune expérience sécuritaire. Le tollé serait immédiat. Au Canada, Trudeau a beau avoir ses défauts, il ne nomme pas ses copains à des postes techniques cruciaux juste pour leur faire plaisir.
Mais aux États-Unis, c'est business as usual. Trump 2.0 continue exactement là où Trump 1.0 s'était arrêté : en traitant le gouvernement fédéral comme sa propriété privée.
Le vrai problème
Au-delà de Mullin lui-même — qui fera probablement un secrétaire du DHS aussi médiocre que prévisible — cette nomination révèle un problème systémique. Les États-Unis ont transformé leurs institutions en terrain de jeu politique, où la compétence passe après la loyauté.
Résultat ? Un pays qui dépense plus que quiconque en sécurité nationale mais qui confie les clés à des amateurs. Un pays qui se vante d'être "la plus grande démocratie du monde" mais qui fonctionne comme une monarchie élective où le roi distribue les duchés à sa cour.
Et pendant ce temps, la Chine forme ses cadres pendant des décennies, la France maintient une haute fonction publique compétente, et même le Canada — pourtant champion de la médiocrité bureaucratique — fait mieux que ça.
VERDICT : 2/10 pour la compétence, 9/10 pour la prévisibilité. Mullin sera confirmé, fera le job sans éclat, et dans deux ans, on se demandera pourquoi la sécurité intérieure américaine ressemble à un sketch des Monty Python.
