Hier, Michael Rousseau a fait quelque chose d'épouvantable : il a exprimé sa tristesse dans la mauvaise langue.
Le PDG d'Air Canada, face à la collision mortelle de LaGuardia qui a coûté des vies humaines, a eu l'audace — l'AUDACE ! — de présenter ses condoléances uniquement en anglais. Et comme un réveil-matin programmé depuis 1976, les politiciens québécois se sont levés d'un bond pour crier au scandale linguistique.
Selon le New York Times, "le manque de français dans le discours de Michael Rousseau concernant la collision mortelle de LaGuardia a relancé un débat sur l'inclusivité linguistique au Canada." Relancé un débat. Comme si on avait besoin de relancer quoi que ce soit — ce débat n'a jamais cessé, il hiberne juste entre deux indignations.
L'art québécois de rater l'essentiel
Voici ce qui s'est passé : des gens sont morts dans un accident d'avion. Le patron de la compagnie aérienne exprime sa tristesse et ses condoléances aux familles. Mais attention — ATTENTION — il l'a fait en anglais seulement. Donc, naturellement, la vraie tragédie devient... le choix linguistique.
C'est du génie, vraiment. On transforme un drame humain en bataille de clocher. Les familles endeuillées peuvent attendre — il faut d'abord compter les syllabes françaises manquantes.
Comparons un peu, voulez-vous ? Quand un PDG chinois présente ses condoléances après un accident, personne ne vérifie s'il a parlé mandarin ET cantonais. Quand un dirigeant français s'exprime après une tragédie, on ne lui reproche pas de ne pas avoir traduit en breton. Aux États-Unis, Trump pourrait présenter ses condoléances en klingon que personne ne s'offusquerait — enfin, pas pour les raisons linguistiques.
Mais au Canada ? Au Canada, on a élevé l'indignation linguistique au rang d'art national.
Le syndrome du thermomètre cassé
Le problème avec cette obsession, c'est qu'elle révèle notre incapacité chronique à hiérarchiser nos priorités. C'est comme prendre la température d'un patient avec un thermomètre cassé — on mesure tout sauf ce qui compte.
Air Canada, rappelons-le, n'est pas exactement un modèle de service client. Leurs retards sont légendaires, leurs annulations créatives, leur service après-vente digne d'un cauchemar kafkaïen. Mais non, ce qui fait scandale, c'est la langue des condoléances.
Imaginez la scène dans les bureaux d'Air Canada : "Chef, on a un problème de relations publiques majeur !" — "Quoi, encore un retard de 8 heures ?" — "Non, pire : vous avez oublié de dire 'mes condoléances' en français !"
L'exception canadienne
Ce qui me fascine, c'est notre capacité unique à transformer chaque événement en test de pureté linguistique. La France a 67 millions d'habitants qui parlent français — ils ne passent pas leur temps à vérifier si leurs PDG conjuguent correctement. Le Québec a 8 millions d'habitants dont 6 millions parlent français, et chaque phrase publique devient un examen de passage.
C'est l'insécurité linguistique érigée en système politique. Et le plus ironique ? Cette obsession du français parfait dans chaque déclaration publique dessert probablement plus la cause francophone qu'elle ne la sert. Quand on transforme chaque oubli en crime contre l'humanité, on banalise les vraies batailles linguistiques.
La vraie question
Voici ce qu'on devrait se demander : est-ce que Michael Rousseau a exprimé une vraie empathie pour les victimes ? Est-ce qu'Air Canada va prendre des mesures concrètes pour améliorer la sécurité ? Est-ce que les familles endeuillées vont recevoir le soutien qu'elles méritent ?
Non, on préfère débattre de grammaire.
C'est révélateur de notre époque : on s'indigne plus facilement pour la forme que pour le fond. Plus simple de compter les mots français que de s'attaquer aux vrais problèmes systémiques d'une compagnie aérienne qui traite ses clients comme du bétail — mais en deux langues officielles, bien sûr.
Le verdict
Michael Rousseau a fait une erreur de protocole. Les politiciens québécois ont fait une erreur de priorités. Et nous, collectivement, on fait l'erreur de confondre l'accessoire avec l'essentiel.
Dans un pays vraiment bilingue, on devrait pouvoir exprimer sa compassion dans n'importe quelle langue sans que ça devienne un incident diplomatique. Dans un pays vraiment mature, on s'indignerait plus des conditions qui causent les accidents que de la langue utilisée pour s'en excuser.
Mais bon, on n'est ni vraiment bilingues ni vraiment matures. On est juste vraiment prévisibles.
VERDICT : 2/10 pour Rousseau (oublier le français en 2026, vraiment ?), 1/10 pour les politiciens (rater le point à ce point, c'est un talent), 0/10 pour nous tous (transformer une tragédie en querelle de clocher, chapeau).
