Il fallait oser. Donald Trump vient de réussir l'exploit de transformer les États-Unis en ce type qui met le feu à la maison du voisin puis demande à tout le quartier de venir avec des seaux d'eau. Selon le New York Times et la BBC, le président américain a officiellement supplié la Chine, la France, le Japon et la Corée du Sud d'envoyer leurs navires de guerre dans le détroit d'Hormuz pour "défendre cette route pétrolière cruciale".

Traduction : "J'ai bombardé l'Iran avec mes copains israéliens, maintenant le détroit est fermé, le pétrole ne passe plus, et j'aimerais bien que vous veniez m'aider à gérer le bordel que j'ai créé."

L'art de la diplomatie version Trump 2.0

"J'espère que la Chine, la France, le Japon et la Corée du Sud enverront aussi des navires pour défendre cette route pétrolière cruciale", a déclaré Trump. Cette phrase mérite d'être encadrée dans tous les manuels de relations internationales, section "Comment ne pas faire".

Imaginez la scène à Pékin. Xi Jinping reçoit l'appel : "Salut Xi ! Tu sais, ce détroit que j'ai contribué à fermer en attaquant l'Iran ? Tu pourrais pas envoyer ta marine pour le rouvrir ? Allez, sois sympa !"

La réponse chinoise n'est pas encore publique, mais on imagine qu'elle ressemble à un rire étouffé suivi d'un "non merci, gérez vos conneries vous-mêmes".

Le Canada, grand absent de la liste des invités

Remarquez qui ne figure pas dans la liste de Trump : le Canada. Nos voisins du sud ont pensé à demander de l'aide à leur principal rival géopolitique (la Chine), à leurs alliés européens (la France), à leurs partenaires asiatiques (Japon, Corée du Sud), mais pas à nous.

Soit Trump a oublié que le Canada existait — ce qui ne serait pas sa première fois — soit il considère que notre marine est trop occupée à patrouiller les Grands Lacs pour s'aventurer dans le golfe Persique. Dans les deux cas, c'est révélateur.

Trudeau doit se sentir comme l'ami qu'on n'invite pas à la fête, même quand c'est pour nettoyer après.

La France face au dilemme du siècle

Pour Emmanuel Macron, c'est le cadeau empoisonné parfait. D'un côté, la France a des intérêts énergétiques dans la région et une tradition de présence navale internationale. De l'autre, envoyer des navires français nettoyer les dégâts américains, c'est exactement le genre de soumission que Paris déteste.

La réponse française sera probablement un chef-d'œuvre de diplomatie : "La France étudie avec ses partenaires européens les moyens de contribuer à la stabilité régionale dans le respect du droit international." Traduction : "On va voir, mais vous nous devez un service énorme."

La Chine, grande gagnante malgré elle

Xi Jinping doit jubiler. Voilà Trump qui lui demande officiellement d'intervenir militairement dans une région où les États-Unis se sont autoproclamés gendarmes depuis 1945. C'est un aveu de faiblesse stratégique monumental.

Si Pékin accepte, elle légitime sa présence navale dans le golfe Persique et montre au monde que même l'Amérique a besoin d'elle. Si elle refuse, elle peut jouer la carte du "nous ne nous mêlons pas des conflits créés par d'autres".

Dans les deux cas, la Chine gagne. Trump vient de lui offrir sur un plateau ce qu'elle n'osait pas demander : une invitation officielle à devenir co-gendarme du Moyen-Orient.

Le Japon et la Corée du Sud : coincés entre deux feux

Tokyo et Séoul sont dans une position impossible. Refuser, c'est risquer de froisser leur protecteur américain. Accepter, c'est envoyer leurs marins nettoyer un conflit qu'ils n'ont pas choisi, dans une région où ils n'ont aucun intérêt stratégique direct.

Le Japon, avec sa constitution pacifiste, va probablement proposer une "contribution logistique" — comprendre : de l'argent mais pas de soldats. La Corée du Sud, elle, a déjà assez de problèmes avec son voisin du Nord pour aller chercher des ennuis en Iran.

L'ironie de l'histoire

Il y a quelque chose de profondément ironique dans cette situation. Trump, qui a passé son premier mandat à critiquer ses alliés pour leur manque de contribution à la sécurité internationale, se retrouve à les supplier de venir l'aider.

Celui qui reprochait à l'Europe de ne pas payer sa part de l'OTAN demande maintenant à la France d'envoyer sa marine. Celui qui accusait la Chine de tous les maux économiques lui demande une assistance militaire.

C'est l'Amérique First qui devient l'Amérique "s'il vous plaît, aidez-nous".

Le vrai problème

Au-delà de l'humour de la situation, il y a un problème géopolitique majeur. Les États-Unis viennent de démontrer qu'ils peuvent déclencher un conflit mais pas le gérer seuls. C'est un aveu de faiblesse qui va résonner dans toutes les capitales du monde.

Quand l'hyperpuissance mondiale doit demander de l'aide à ses rivaux pour sécuriser une route commerciale, c'est que l'ordre géopolitique a fondamentalement changé.

Trump a peut-être gagné une bataille tactique contre l'Iran, mais il vient de perdre une guerre stratégique contre la crédibilité américaine.

VERDICT : 2/10 pour la stratégie, 9/10 pour l'audace de demander à ses ennemis de nettoyer ses dégâts. L'art de transformer une victoire militaire en défaite diplomatique.