Pendant que les marchés européens s'affolent ce jeudi après-midi — Paris et Francfort voient les cours pétroliers exploser avant la fermeture à 17h30 —, une vérité dérangeante éclate au grand jour : notre prétendue "transition énergétique" n'était qu'un conte de fées pour bobos parisiens.
La fermeture du détroit d'Hormuz par l'Iran a déclenché, selon les mots du secrétaire américain à l'Énergie Wright, "la plus importante disruption d'approvisionnement pétrolier jamais enregistrée". Traduction : nous venons de découvrir que malgré quinze ans de subventions massives aux éoliennes et aux panneaux solaires, notre civilisation industrielle dépend encore entièrement d'un chenal maritime de 54 kilomètres de large contrôlé par les mollahs de Téhéran.
L'arithmétique implacable du réel
Les chiffres sont têtus. Le détroit d'Hormuz voit transiter quotidiennement 21% de la production mondiale de pétrole liquide et 18% du gaz naturel liquéfié global, selon l'Agence internationale de l'énergie. Quand ce robinet se ferme, comme c'est le cas depuis ce matin, l'économie mondiale suffoque instantanément.
Mais où sont donc passés tous ces investissements "verts" ? Où sont ces fameuses énergies renouvelables qui devaient nous affranchir des dictateurs pétroliers ? La réponse est dans les portefeuilles de nos dirigeants et les bilans de nos multinationales : nulle part où ça compte vraiment.
Car pendant que nos gouvernements distribuaient des milliards d'euros de subventions à l'industrie éolienne — créant au passage de juteux conflits d'intérêts entre régulateurs et lobbies —, ils ont soigneusement évité de poser la vraie question : comment remplace-t-on concrètement les 100 millions de barils de pétrole que l'humanité consomme chaque jour ?
Le mensonge des "alternatives"
Prenons les transports, responsables de 65% de la consommation pétrolière mondiale. Nos élites nous vendent la voiture électrique comme solution miracle. Sauf que l'électricité qui alimente ces véhicules provient encore massivement de centrales au gaz... importé via le détroit d'Hormuz. Nous avons simplement déplacé notre dépendance d'un cran dans la chaîne énergétique.
L'industrie chimique ? Entièrement dépendante du pétrole comme matière première. L'agriculture moderne ? Impossible sans engrais pétrochimiques. Le transport maritime qui achemine 90% du commerce mondial ? Alimenté au fuel lourd. Aucune "transition" n'a même commencé à s'attaquer à ces secteurs.
Pendant ce temps, les marchés asiatiques, fermés depuis ce matin — Tokyo et Shanghai rouvriront demain dans un climat de panique —, anticipent déjà les répercussions en cascade. Car contrairement aux discours lénifiants de nos ministres, l'économie mondiale reste un système intégré où chaque maillon dépend du précédent.
Qui profite de cette schizophrénie ?
Cette situation n'est pas le fruit du hasard. Elle arrange parfaitement certains intérêts. D'abord, l'industrie pétrolière traditionnelle, qui a pu maintenir ses positions dominantes tout en se donnant une image "responsable" via quelques investissements cosmétiques dans l'éolien offshore.
Ensuite, les fabricants d'équipements "verts", qui ont touché des subventions massives sans jamais avoir à prouver qu'ils remplaçaient effectivement les énergies fossiles. Quand Siemens Energy ou Vestas publient leurs résultats trimestriels, ils comptabilisent les mégawatts installés, pas les barils de pétrole économisés. Nuance.
Enfin, nos gouvernements eux-mêmes, qui ont pu faire du marketing écologique à bon compte tout en évitant les vraies décisions douloureuses. Interdire les SUV en ville ? Trop impopulaire. Rationner les vols intérieurs ? Trop radical. Taxer réellement le kérosène ? Trop compliqué avec Bruxelles.
L'Iran, révélateur de nos contradictions
L'Iran l'a parfaitement compris. En fermant Hormuz, Téhéran ne fait que révéler notre vulnérabilité structurelle. Comme le rapporte le New York Times, les autorités iraniennes ont explicitement déclaré vouloir "exposer l'hypocrisie occidentale sur l'indépendance énergétique".
Et ils ont raison. Nous avons dépensé des centaines de milliards en subventions vertes tout en restant aussi dépendants qu'en 1973 des exportateurs du Golfe. Pire : nous avons créé l'illusion d'une transition qui n'existe pas, endormant nos opinions publiques dans un faux sentiment de sécurité.
Les marchés américains, qui ouvriront dans quelques heures avec la perspective d'une flambée des cours énergétiques, vont brutalement rappeler cette réalité à nos dirigeants. Wall Street ne fait pas de sentiment écologique : quand le pétrole manque, les actions s'effondrent.
Sortir de l'imposture
Cette crise doit marquer la fin de notre schizophrénie énergétique. Soit nous assumons notre dépendance aux hydrocarbures et nous développons une vraie diplomatie énergétique — quitte à composer avec des régimes peu recommandables. Soit nous engageons enfin une transition réelle, c'est-à-dire douloureuse, coûteuse, et qui transforme radicalement nos modes de vie.
Mais continuons à nous raconter des histoires sur notre "leadership climatique" tout en important 60% de notre énergie, c'est se condamner à subir indéfiniment les caprices géopolitiques de ceux qui contrôlent les robinets.
Le détroit d'Hormuz vient de nous envoyer la facture de quinze ans de politique énergétique de façade. Elle sera salée.
