Dr Samuel Ofosu-Ampofo vient de faire une promesse que son pays ne pourra pas tenir. Le président du Ghana Cocoa Board (COCOBOD) a assuré cette semaine aux producteurs qu'il n'y aurait "aucune nouvelle réduction du prix d'achat du cacao", selon GhanaWeb. Noble intention, catastrophique stratégie.

Car pendant que le Dr Ofosu-Ampofo rassure, les chiffres parlent une langue brutale : les cours internationaux du cacao ont chuté de 40% depuis le début de l'année, atteignant 3 000 dollars la tonne métrique. Pire encore, cette dégringolade représente une chute vertigineuse de 75% par rapport aux sommets de 2024. Maintenir les prix locaux dans ce contexte, c'est comme promettre à ses enfants des vacances aux Maldives quand le compte en banque affiche rouge.

L'arithmétique implacable des matières premières

Le Ghana produit environ 20% du cacao mondial. Son économie dépend massivement de cette fève brune qui fait saliver les chocolatiers européens. Mais voilà le piège : quand on est un producteur de matières premières dans un monde globalisé, on ne fixe pas ses prix — on les subit.

La promesse d'Ofosu-Ampofo révèle une incompréhension fondamentale de cette réalité. Ou pire : une manipulation consciente des attentes paysannes à des fins politiques. Car maintenir artificiellement les prix d'achat quand les revenus d'exportation s'effondrent, cela signifie que quelqu'un d'autre paie la différence. Et ce quelqu'un, c'est le contribuable ghanéen.

Le COCOBOD va donc devoir puiser dans les caisses publiques pour honorer cette promesse. Combien de temps pourra-t-il tenir ? Combien d'écoles, d'hôpitaux, d'infrastructures sacrifiées sur l'autel de cette générosité démagogique ?

La fausse compassion des prix garantis

Ne nous y trompons pas : je ne plaide pas pour l'abandon des producteurs de cacao. Ces hommes et ces femmes qui travaillent sous le soleil équatorial méritent mieux que la précarité. Mais justement, ils méritent mieux que des promesses creuses qui retardent l'inévitable.

La vraie compassion aurait consisté à dire la vérité : "Les cours mondiaux s'effondrent, nous devons ensemble préparer la transition." Investir massivement dans la transformation locale du cacao, développer des filières à valeur ajoutée, diversifier l'agriculture. Bref, sortir du piège de l'économie de rente.

Au lieu de cela, le Ghana choisit la facilité politique : promettre que demain sera comme hier. C'est exactement la même logique que celle des gouvernements européens qui promettent de maintenir les retraites sans réformer le système, ou des dirigeants américains qui jurent de ramener les emplois industriels sans investir dans la formation.

L'illusion de la souveraineté alimentaire

Cette affaire révèle aussi l'hypocrisie du discours sur la "souveraineté alimentaire" si cher aux dirigeants africains. On ne peut pas être souverain quand on dépend à 80% d'une seule culture d'exportation. On ne peut pas être souverain quand on importe ses machines, ses engrais, ses technologies.

La vraie souveraineté, elle commence par accepter la réalité des marchés mondiaux pour mieux s'en affranchir. Elle passe par l'innovation, la diversification, l'éducation. Pas par le déni des lois économiques.

Le Dr Ofosu-Ampofo aurait pu annoncer un plan Marshall du cacao ghanéen : formation des producteurs, modernisation des exploitations, création d'usines de transformation, développement de marques locales. Au lieu de cela, il choisit l'anesthésie temporaire.

Le réveil sera douloureux

Car le réveil viendra, inexorablement. Quand les caisses publiques seront vides, quand les bailleurs internationaux exigeront des réformes structurelles, quand la réalité économique rattrapera les promesses politiques. Et ce jour-là, la chute sera d'autant plus brutale que l'illusion aura duré longtemps.

Les producteurs de cacao ghanéens ne sont pas des enfants qu'il faut bercer de mensonges. Ce sont des entrepreneurs qui méritent qu'on leur dise la vérité pour qu'ils puissent s'adapter. En leur promettant l'impossible, le COCOBOD les maintient dans une dépendance infantilisante qui les empêche de prendre leur destin en main.

L'histoire économique regorge de ces promesses impossibles tenues par des dirigeants bien intentionnés. Elles finissent toujours de la même manière : par des crises plus profondes et des populations plus démunies. Le Ghana mérite mieux que cette fuite en avant. Ses producteurs de cacao aussi.