Il aura fallu exactement quatorze jours à Donald Trump pour découvrir ce que tout étudiant en relations internationales apprend en première année : appeler à un soulèvement populaire depuis son canapé de Mar-a-Lago, c'est facile ; renverser effectivement une théocratie militarisée, c'est une autre paire de manches.

Le 27 février, l'ancien président américain exhortait les Iraniens à se dresser contre leur gouvernement autocratique. Hier, selon le New York Times, le même Trump expliquait doctement que les Iraniens font face à "un gros obstacle" pour renverser leur régime. Félicitations, Monsieur Trump : vous venez de redécouvrir la complexité du monde réel.

L'irresponsabilité du tweet révolutionnaire

Cette pirouette intellectuelle serait risible si elle n'était pas révélatrice d'un mal plus profond qui ronge la politique américaine : la diplomatie par réseaux sociaux. Quand un ancien président des États-Unis lance des appels à l'insurrection depuis son salon, puis se ravise deux semaines plus tard en invoquant les "difficultés" du terrain, il ne fait pas que changer d'avis. Il expose des vies humaines.

Car pendant ces quatorze jours d'hésitation trumpienne, que se passe-t-il pour les dissidents iraniens qui auraient pu prendre au sérieux ses premiers encouragements ? Ils se retrouvent seuls face à un appareil répressif que Trump lui-même reconnaît désormais comme un "gros obstacle". Merci pour eux.

Le syndrome de l'expert instantané

Trump incarne parfaitement cette maladie contemporaine : l'expertise instantanée. Un jour, il sait comment pacifier le Moyen-Orient en 140 caractères. Le lendemain, il découvre que c'est "compliqué". Cette versatilité ne serait qu'un trait de caractère amusant si elle ne reflétait pas une approche plus générale de la politique étrangère américaine : l'improvisation permanente déguisée en pragmatisme.

Le problème n'est pas que Trump change d'avis – c'est même plutôt sain quand on part de positions aussi simplistes. Le problème, c'est qu'il transforme chaque réflexion personnelle en déclaration politique, chaque intuition en ligne directrice, chaque humeur en doctrine géostratégique.

L'Iran, laboratoire de nos contradictions

Cette valse-hésitation trumpienne révèle surtout nos propres contradictions occidentales face à l'Iran. Nous voulons que les Iraniens se libèrent de leur régime théocratique – qui ne le voudrait pas ? Mais nous ne voulons pas assumer les conséquences d'un tel bouleversement : instabilité régionale, guerre civile potentielle, chaos migratoire.

Alors nous nous contentons d'encouragements à distance, de sanctions qui frappent d'abord les populations civiles, et de déclarations martiales qui n'engagent que ceux qui les prononcent. C'est confortable moralement, et totalement inefficace politiquement.

La vraie question que personne ne pose

Mais la vraie question n'est pas de savoir si Trump a raison aujourd'hui plutôt qu'il y a deux semaines. La vraie question, c'est : pourquoi accordons-nous encore du crédit aux déclarations géopolitiques d'un homme qui découvre la complexité du monde en temps réel, sur Twitter ?

Trump n'est pas un analyste géopolitique. Il n'est même plus président. Ses opinions sur l'Iran valent exactement ce que valent celles de n'importe quel citoyen américain : pas grand-chose en termes d'impact concret, mais beaucoup trop en termes de caisse de résonance médiatique.

L'infantilisation par le spectacle

Cette affaire illustre parfaitement comment le spectacle politique infantilise le débat public. Au lieu de discuter sérieusement des options américaines face à l'Iran – sanctions ciblées, diplomatie discrète, soutien aux ONG de défense des droits humains –, nous commentons les états d'âme d'un ancien président comme s'ils constituaient une politique étrangère.

C'est exactement ce que veulent les vrais décideurs : que nous nous passionnions pour les tweets pendant qu'ils négocient dans l'ombre. Pendant que nous analysons les contradictions de Trump, l'administration Biden continue sa propre politique iranienne, discrètement, sans fanfare ni volte-face publique.

La leçon iranienne

Les Iraniens, eux, ont compris depuis longtemps qu'ils ne peuvent compter que sur eux-mêmes. Ils savent que les encouragements occidentaux sont inversement proportionnels à l'aide concrète qu'ils recevront. Ils ont appris à leurs dépens que les révolutions ne se font pas par procuration, et que les régimes ne tombent pas sous les applaudissements à distance.

Trump vient de redécouvrir cette vérité élémentaire. Il lui aura fallu deux semaines et un accès de lucidité pour comprendre ce que les opposants iraniens savent depuis des décennies : renverser un régime autoritaire, c'est effectivement un "gros obstacle".

Dommage qu'il ne l'ait pas dit dès le départ. Cela aurait évité à tout le monde – sauf aux commentateurs – de perdre leur temps.