Le reflexe de l'etiquette
Chaque fois qu'un parti anti-systeme progresse en Europe, la reaction des editorialistes est la meme : sortir le dictionnaire des anathemes. "Populisme." "Extremisme." "Danger pour la democratie." L'etiquette est posee, le debat est clos, et on passe au sujet suivant.
Ce reflexe, c'est exactement le probleme.
Ce que les chiffres disent vraiment
Quand 30, 40, parfois 50% des electeurs votent pour des partis que l'establishment considere "infrequentables", il y a deux interpretations possibles. La premiere : la moitie de la population est devenue folle. La deuxieme : le systeme a echoue pour la moitie de la population.
Devinez laquelle est la bonne.
L'echec de la promesse europeenne
L'Union europeenne a ete vendue comme un projet de prosperite partagee. Pour les classes moyennes urbaines et eduquees, ca a marche. Pour le reste -- les zones rurales, les villes moyennes, les travailleurs manuels, les peripheries -- la promesse est restee lettre morte.
Des regions entieres ont vu leurs usines fermer, leurs services publics se degrader, leurs jeunes partir, et en echange on leur a offert... des fonds structurels complexes et des discours sur les "valeurs europeennes." L'abstraction ne nourrit personne.
Les elites et leur angle mort
Le plus frappant, c'est l'incapacite des classes dirigeantes a se remettre en question. Quand le Brexit arrive, c'est la faute des "gens mal informes." Quand l'extreme droite progresse, c'est la faute des "reseaux sociaux." Quand les gilets jaunes bloquent les ronds-points, c'est la faute des "casseurs."
Jamais -- jamais -- la question n'est : "Qu'est-ce qu'on a fait de mal ?"
La democratie n'est pas en danger
La democratie n'est pas menacee par les votes "populistes." Elle est menacee par un systeme qui considere que certains votes sont illegitimes. Qui repond a la colere par le mepris. Qui offre comme seule alternative "nous ou le chaos."
Ce qui menace la democratie, c'est l'arrogance de ceux qui pensent la defendre.
