Il est 12h38 à New York, les marchés américains tournent encore pour quatre heures, et Donald Trump vient de nous offrir un moment de naïveté géopolitique qui ferait rougir un étudiant de première année en relations internationales. Selon les déclarations rapportées par CNBC aujourd'hui, le président croit dur comme fer que Vladimir Poutine l'aide contre l'Iran, sur la base des assurances de son envoyé spécial Steve Witkoff.

"Les dirigeants russes ont dit au président Trump qu'ils ne partagent pas d'intelligence avec l'Iran alors qu'il combat les États-Unis et Israël", rapporte Witkoff. Et Trump d'y croire. Voilà bien le problème : quand on prend les promesses du Kremlin pour argent comptant, on finit par payer cash.

L'art russe de dire une chose et faire l'inverse

Pendant que les bourses européennes ont fermé leurs portes — Paris à 17h30, Londres à 16h30, Francfort à 17h30 — et que les investisseurs asiatiques dorment encore (Tokyo ouvrira dans six heures), les marchés américains continuent de digérer cette information. Et ils ont raison d'être nerveux.

Car enfin, depuis quand Moscou a-t-il cessé de mentir sur ses activités de renseignement ? La Russie, qui nie encore aujourd'hui son ingérence dans les élections américaines de 2016 et 2020, qui prétend ne pas avoir d'agents en Europe occidentale malgré les expulsions régulières de "diplomates", cette même Russie serait soudain transparente sur ses relations avec Téhéran ?

Les faits économiques sont têtus : la Russie et l'Iran ont développé depuis 2022 un partenariat stratégique renforcé par les sanctions occidentales. Les échanges commerciaux bilatéraux ont bondi, les coopérations militaires se multiplient, et les deux pays coordonnent leurs stratégies énergétiques pour contourner les embargos. Dans ce contexte, imaginer que Moscou ne partage aucune intelligence avec Téhéran relève de la pensée magique.

Le coût de la crédulité présidentielle

Cette naïveté trumpienne n'est pas qu'un problème diplomatique — c'est un risque économique majeur. Les marchés détestent l'imprévisibilité, et un président qui base sa stratégie moyen-orientale sur les bonnes paroles de Poutine introduit une volatilité dangereuse dans l'équation géopolitique.

Regardons les chiffres : depuis le début de l'année, les cours du pétrole fluctuent au gré des tensions Iran-Israël-États-Unis. Chaque escalade fait bondir les prix, chaque accalmie les fait chuter. Si Trump croit vraiment que la Russie joue dans son camp, il risque de mal calibrer ses réponses aux provocations iraniennes — avec des conséquences directes sur les marchés énergétiques mondiaux.

Les investisseurs institutionnels, eux, ne sont pas dupes. Pendant que Trump fait confiance à Poutine, les fonds souverains du Golfe (qui ouvriront demain matin à Abu Dhabi à 10h00 heure locale) continuent de diversifier leurs portefeuilles loin des actifs américains. Ils savent que la géopolitique trumpienne, mélange d'ego et d'improvisation, peut exploser à tout moment.

L'Iran, grand gagnant de cette confusion

Car au final, qui profite de cette mascarade ? L'Iran, évidemment. Téhéran peut continuer ses activités déstabilisatrices au Moyen-Orient en sachant que Washington sous-estime systématiquement le soutien russe dont il bénéficie. Pendant que Trump se félicite de ses "bonnes relations" avec Poutine, les Gardiens de la révolution iraniens reçoivent probablement des renseignements russes sur les mouvements militaires américains et israéliens dans la région.

Cette asymétrie informationnelle coûte cher. Pas seulement en vies humaines — quoique ce soit le plus important — mais aussi en efficacité économique. Les sanctions américaines contre l'Iran perdent de leur mordant quand Moscou aide Téhéran à les contourner. Les investissements occidentaux au Moyen-Orient deviennent plus risqués quand Washington ne comprend pas les vraies alliances en présence.

Les marchés ne mentent pas, eux

Il est révélateur que cette déclaration tombe un vendredi après-midi, quand les marchés européens sont fermés et que l'Asie dort. Comme si l'administration Trump espérait limiter l'impact sur les cours. Mais les algorithmes de trading ne dorment jamais, et les investisseurs institutionnels non plus.

Demain, quand Tokyo ouvrira à 9h00 heure locale, puis Shanghai à 9h30, les traders asiatiques auront eu le temps de digérer cette information. Et ils en tireront probablement les bonnes conclusions : un président américain qui fait confiance à Poutine sur l'Iran est un président qui ne comprend pas les enjeux géopolitiques de son époque.

La réalité économique, elle, est simple : la Russie et l'Iran sont des alliés de circonstance unis par leur opposition à l'ordre occidental. Prétendre le contraire, c'est se condamner à des erreurs stratégiques coûteuses. Les marchés, eux, ont déjà intégré cette donnée. Il serait temps que la Maison-Blanche fasse de même.

Quand les bourses européennes rouvriront lundi matin, elles auront eu tout le week-end pour réfléchir à cette nouvelle démonstration d'amateurisme géopolitique. Les investisseurs avisés savent déjà quoi en penser : la crédulité présidentielle n'est jamais un bon placement.